Il y a dix ans, la question était simple : pourquoi payer une place quand le film arrivera bientôt sur une plateforme ? Les exploitants y répondent aujourd'hui par une promesse que le salon ne peut pas tenir : l'événement. Écrans hauts comme des immeubles, enceintes au plafond, fauteuils qui tremblent… Les formats dits « premium » sont devenus le cœur de la stratégie des salles.
Une course à l'expérience
Le principe est le même partout : proposer une séance qu'on ne peut pas reproduire chez soi, et la faire payer un peu plus cher. Pour le spectateur, le calcul change. On ne va plus seulement voir un film, on choisit comment le voir — et certains titres deviennent des rendez-vous à vivre dans un format précis.
IMAX, le géant historique
Né au Canada, le procédé IMAX a été présenté au public lors de l'Exposition universelle d'Osaka en 1970. Son idée fondatrice : une pellicule bien plus grande que le 35 mm classique et un écran qui remplit le champ de vision. Les salles « IMAX with Laser » d'aujourd'hui reprennent cette ambition avec une projection numérique très lumineuse et un son calibré.
Le format a gagné en prestige grâce à des cinéastes qui tournent spécifiquement pour lui. Oppenheimer de Christopher Nolan (2023) a ainsi été filmé en grande partie avec des caméras IMAX 65 mm, ce qui a fait de certaines copies 70 mm de véritables objets de pèlerinage pour cinéphiles.
4DX et ScreenX : le cinéma qui bouge
Développés par le groupe sud-coréen CJ 4DPlex, le 4DX et le ScreenX jouent une autre carte : la sensation. En 4DX, les sièges basculent, vibrent, soufflent de l'air ou projettent quelques gouttes d'eau au rythme de l'action. Le ScreenX, lui, prolonge l'image sur les murs latéraux de la salle pour offrir une vision panoramique à 270 degrés.
Ces formats divisent : parfaits pour un film d'action ou d'animation pensé comme une attraction, ils peuvent devenir envahissants sur un drame intimiste. C'est justement leur force — ils transforment certaines sorties en sorties de groupe, presque en parc d'attractions.
Dolby Cinema : la bataille de l'image et du son
Plus discret, le Dolby Cinema mise sur la qualité pure : projection laser à fort contraste (Dolby Vision) et son spatialisé Dolby Atmos, avec des haut-parleurs répartis jusqu'au plafond. Les noirs sont profonds, les couleurs éclatent, et les effets sonores semblent se déplacer autour de vous.
Ce que ça dit de l'avenir des salles
Les formats premium ne sauveront pas à eux seuls l'exploitation : les cinémas de quartier, les ciné-clubs et les salles art et essai défendent une autre idée du collectif, tout aussi précieuse. Mais ils révèlent une évolution profonde : le grand écran ne se contente plus d'être une fenêtre de diffusion. Il redevient un lieu, avec ses rituels et ses frissons.