En 2018, Spider-Man: New Generation (Into the Spider-Verse) débarque dans un paysage dominé par l'animation 3D lisse et photoréaliste. Le film de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman prend le contre-pied total : il veut ressembler à un comic book. Pari réussi — il remporte l'Oscar du meilleur film d'animation.
Une grammaire de bande dessinée
Tout y rappelle le papier : les trames de points façon impression ancienne, les décalages de couleurs comme sur une page mal calée, les onomatopées et les bulles de pensée qui s'affichent à l'écran. Chaque univers parallèle a même son propre style graphique.
L'art de la saccade
Idée géniale : Miles Morales est d'abord animé « en deux », c'est-à-dire avec une image dessinée toutes les deux images, ce qui le rend légèrement saccadé. À mesure qu'il maîtrise ses pouvoirs, son animation gagne en fluidité. Le style devient récit.
Spider-Verse ne cherche pas à imiter la réalité : il cherche à imiter le plaisir de lire.
Across the Spider-Verse, encore plus loin
La suite, sortie en 2023 et réalisée par Joaquim Dos Santos, Kemp Powers et Justin K. Thompson, pousse les curseurs au maximum : aquarelle mouvante pour Gwen Stacy, collage punk pour Spider-Punk, architecture futuriste pour Mumbattan. C'est parfois épuisant, souvent sublime, et toujours inventif.
Un héritage visible partout
Depuis, d'autres films ont osé les styles hybrides : Les Mitchell contre les machines (2021), Le Chat Potté 2 : la dernière quête (2022) ou Ninja Turtles : Teenage Years (2023). La saga a ouvert une porte que l'animation occidentale ne semble plus vouloir refermer.